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B8 - Massage tantrique quand le rapport au corps est complexe - Massage de Clarisse apr Bruno DEck - masseur tantrique Paris-

Clarisse et son premier massage tantrique

 

Rencontre avec Clarisse

Clarisse m’est présentée chez un couple d’amis. Ils me connaissent très bien, depuis longtemps, et je les ai massés dans la semaine.

Je descends dans le salon, et les trouve tous les trois autour d’un thé, à discuter devant la cheminée. Il fait froid dehors, nous sommes en novembre. Je me pose, me sers une tasse, les regarde. Ils me présentent à elle comme ami, et masseur tantrique. Mais manifestement, ils lui ont déjà parlé de moi, parce qu’au bout de quelques minutes, ils me demandent si je peux lui parler de mon approche. Je ne sais rien d’elle, je parle pendant un certain temps, en expliquant globalement comment je vois le massage tantrique. Quelques questions de sa part, je vois qu’elle est intéressée.

Je ne fais aucun mystère de mes abus et du très long parcours de vie qui m’a amené là, dans cette pratique de masseur tantrique. Je ne les présente pas comme éléments générateurs, mais si je m’exprime aujourd’hui, c’est bien aussi parce que j’ai connu ça. Ca fait écho chez elle. Nous convenons d’un rendez-vous le lendemain.

Salle de massage

La salle dans laquelle je lui ferai un massage est toute petite, mansardée. J’ai à peine la place d’installer mon tapis de sol, mon futon, mes tissus et serviette, avec un minimum de place autour. Cet espace est quasi placentaire. La lumière y est douce, les étagères racontent des histoires également douces à travers une multitude de bibelots. Un tuyau de poêle traverse la pièce de part en part, générant une douce chaleur.

Nous nous posons au sol, Clarisse est assise très droite, moi aussi, dans un premier temps. Puis je m’adosse à un canapé. Je lui pose une ou deux questions, pour amorcer la discussion. Comme toujours, j’ai besoin de savoir qui elle est, ce qu’elle veut bien me dire de son histoire, son rapport à son corps et à travers lui, à autrui.

Je lance ma playlist, musiques chaudes, lentes, spirituelles, musiques classiques comme new âge, leur point commun est de tamiser le temps….

Elle parle. Une heure, une heure et demi… Et je l’observe. Elle a une quarantaine d’années, un corps très tonique, fait du cheval. Clarisse s’exprime facilement, sa parole est un flot qui coule et jaillit. Dans son histoire, un contexte d’abus, la difficulté de faire confiance. La sensation de toujours avoir été non pas rejetée, mais non acceptée. Dès sa naissance. Elle évoque cette image d’elle-même tombée à côté du nid dans sa famille. Sa construction de vie comme un appel à être vue, acceptée, aimée. Toute son histoire structurée par cette béance d’amour. Ses histoires amoureuses comme des dons de soi, ses abandons problématiques, l’intranquillité permanente. Le choix de son métier de soignante qui vient compenser… Elle est lucide sur ses ressorts, elle sait d’où elle tire son énergie. Fatiguée, également.

Quand la volonté s’en mêle

Il y a aussi une volonté d’y aller, d’aller au-delà, de renverser certaines barrières. D’aspirer à (me) faire confiance. Je ne reste pas silencieux. Cette phase d’échange n’est pas une phase qui se déroule entre un masseur démiurge et une personne qui me donne les clés. J’écoute l’instant, cet instant résonne en moi. J’’exprime les échos que son discours éveille, de la façon la plus simple possible : Il n’y a aucune stratégie d’approche qui aurait pour but de l’amener artificiellement à une confiance dont j’ai besoin.  Je parle et ne promets rien. J’insiste sur le fait que je n’ai aucune démonstration à faire comme je n’en attends aucune d’elle-même vis-à-vis de moi.

Le tantra reste dans l’inscription de l’instant. Elle me parle, un peu sur le ton de la confidence, de ses difficultés à vivre, à se positionner, à s’inscrire dans des process de vie. Et par-dessus tout, à accorder une confiance…

La nudité ne semble pas lui poser de problème, donc, mais disant cela, je sais qu’elle passe en force. Tout en sachant aussi qu’elle a le choix.

Le cadre

Je prends longuement le temps d’expliquer le cadre de sécurité du massage. Celui-ci est clair. Je suis là pour elle, non pour la guider, mais pour l’accompagner sur ce chemin que nous allons emprunter pendant près de deux heures. Ce chemin peut partir où elle le veut, dans l’intensité de l’énergie ou le calme qu’elle connectera. Il sera possible de faire des pauses, le temps de ce massage lui appartient. Je ne suis qu’accompagnant, dans un respect absolu de ce qui peut subvenir. Et je lui garantis une sécurité totale.

J’insiste sur ce cadre de sécurité, et de non passage à l’acte. Seul celui-ci peut l’autoriser à aller sans crainte dans son énergie.

Dans cet espace du massage, sa sécurité est réelle.

Quand le moment est venu, j’invite Clarisse à se positionner sur le futon. Elle se déshabille. La pose du cadre est ritualisée. Elle s’allonge sur le ventre.

L’approche du massage de Clarisse

Je laisse un certain temps s’écouler, le temps doit se poser avant de commencer. J’invoque mes guides, et spécifiquement mes guides féminins, ces femmes que j’appelle à chaque fois, pour leur force, leur amour infini, leur ancrage. Mon guide masculin est également appelé, plus un autre, non genré, très important pour moi car il nous relie tous. Je prends le temps de me laisser investir par leurs énergies croisées, je ne peux être seul dans ces massages.

Puis très, très lentement, je pose mes mains, une sur le sacrum, et l’autre au niveau des omoplates.

Ce premier contact conditionne tout le reste, il m’informe aussi sur comment, à ce moment précis, est la personne. A partir de cet instant, je me mets en état d’hypervigilance, à guetter tous les signes que me renvoie ce corps. Frémissements, tensions, crispations, mouvements, souffle. Et je sais dès le début que ce massage de Clarisse va être un voyage complexe pour elle.

Parce que tout de suite, elle bloque tout. Sa respiration, son dos qui s’arque, ses doigts qui se recroquevillent de part et d’autre de sa tête. Tout son corps en tension extrême. Je relève mes mains. Et je commence à parler, peut-être, dès cet instant. Paroles de paix, d’accompagnement, d’empathie. Paroles quasi chuchotées, tout au long du massage, paroles d’apaisement. Elle se détend.

Mes mains se reposent. Effleurement léger, très lent, la lenteur est particulièrement primordiale aujourd’hui. Je passe mes mains sur tout son corps, pour contacter, désamorcer les tensions premières, lui permettre de goûter, calibrer la sensation de ce contact qui va nous lier pendant deux heures.

L’effleurement s’achève, je passe au huilage. De tout son corps. La séquence doit être homogène, sans à-coups, sans rupture de rythme, nous sommes déjà rentrés dans la narration de l’histoire.

Le temps du massage

Puis je stabilise mes mains, une main au niveau de son sacrum, l’autre sur ses omoplates.

Un temps, et le massage démarre. Musique ultra-lente du geste, le geste est lancé, main en contact, contenante, je ne quitterai plus des yeux ce corps durant les deux heures à venir.

Je n’ai pas à faire œuvre d’imagination. Les messages qu’il me renvoie sont parfaitement explicites. Le corps de Clarisse me renvoie toute l’inquiétude qu’il nourrit à la perspective du contact, du toucher, de l’abandon de soi.

Dès lors, le massage va se dérouler entre inscription et suspension du geste. Son corps se tend, sa respiration se bloque, ses mains me font des signes frénétiques très explicites : Je dois alors, dans la seconde, soulever mes mains et cesser tout contact. Puis la tension s’apaise et je peux recommencer. Sa tête ne cesse jamais son mouvement : elle la pose sur le côté gauche, le droit, le gauche, elle se soulève et plonge tout son visage dans un coussin. Elle ne hurle pas, son corps hurle pour elle. Je l’accompagne dans chacun de ses mouvements, apaisants, glissant une phrase toute douce, d’accueil, d’apaisement. Je suis totalement là pour l’accompagner dans ce qu’elle traverse. Dans ce combat qu’elle mène avec elle-même, ces images qui l’assaillent, ces ressentis sûrement contradictoires avec lesquels elle se bat. Je vois ces montagnes russes qui la soulèvent, et la replaquent brutalement au sol.

Contrastes

Apparaissent simultanément l’envie d’y aller et la peur d’y aller. Le danger de l’abandon (abandon de soi et abandon à soi), et l’attrait de cet abandon : Parce que simultanément, l’envie est presque désespérante de se laisser aller à cet abandon qu’elle a tellement envie de croire bon, sans danger. Envie de croire que la vie aurait pu se dérouler autrement. Que les hommes comme les femmes, les parents, les amis, les proches, savent se tenir, restent où ils doivent être, avec respect, amour, attention à l’autre.

Son langage n’est pas que gestuel, parce qu’elle m’en fait part aussi. Parfois, quand elle soulève son corps, appuyé sur ses poings, l’ensemble tendu comme un arc, son visage crispé et sa respiration de nouveau bloquée, alors que tout en elle indique une bagarre, une souffrance, j’entends dans un souffle, sortant entre ses dents serrées ‘putain, c’est trop bon’. Sourire fugace, crispé, mais infiniment lumineux, soulignant l’instant.

Avant de replonger dans la bagarre.

Par moments, elle se calme,  et j’ai le sentiment de me trouver dans l’œil d’un cyclone, les vents hurlent autour de nous, mais ici tout est calme, la tempête extérieure n’a pas prise ici, elle est même contenante, protectrice. Nous n’avons pas besoin de nous y associer pour nous mettre dans un mouvement qui nous balaierait.

Et dans ces moments, ma main se déploie, et les énergies dialoguent une à une, établissent des connexions, elles se découvrent un langage commun qui n’est que d’attention et d’écoute, comme deux amies parleraient sur un banc, regardant l’eau du bassin miroiter, devant.

Retournement

Quand elle se retourne au terme du massage du dos, je sais que ses défenses vont se réactiver, et ses barrières se remettre en place. On concentre nos carapaces protectrices sur notre dos, on tourne le dos à, on courbe le dos, mais le ventre est infiniment plus vulnérable. 

Je commence donc par connecter son ventre, en posant ma main droite tout doucement. Puis s’ensuit le même enchaînement de séquences. Effleurage, huilage.

Le massage recommence. Très vite, Clarisse se retrouve en difficulté, ses mains se soulèvent avec frénésie pour me dire stop, avec urgence. Suspendant mon geste qui ne reprend que sur son invitation. Sous mes mains, son corps se tord, des mémoires se réveillent, s’insurgent, hurlent leur peur, leurs tensions, s’apaisent, le tout scandé par ces phrases magiques qui témoignent de l’émerveillement d’un corps touché avec attention, respect. Cela dure un moment. Cela dure longtemps.

La peur

Je sais que Clarisse passe en force et que je dois être infiniment en phase avec cette énergie qui avance, balayant la peur sur son passage. Mais elle a peur. Je décide de suspendre le massage, et lui tend mes bras. Elle se redresse et se fond dedans. Elle se fond et m’agrippe, de ses bras, de ses mains, de ses jambes, de tout son corps. Et se blottit contre moi, dans cet espace que je lui ouvre en lui parlant doucement. Phases d’apaisement, phrases sans fin, comme un mantra chanté au plus profond de l’émotion. Apaisement nécessaire, même si à passer en force, on peut aussi franchir des étapes.

Je lui offre cette possibilité de se serrer dans mes bras, sans arrière-pensée, en total centrage, à l’accueillir dans un espace de tranquillité dans lequel elle peut déposer, quelques instants, ses peurs, hantises, sa peur d’être rejetée, blessée, sa peur de l’autre. Je ne suis pas thérapeute et je me défends de l’être. Ne suis pas là pour interpréter, relancer une parole, accoucher une peur par le biais du mental. Je ne suis là que pour ouvrir un espace de calme, de douceur et de tranquillité. Où l’autre peut se projeter, s’intégrer, se lover, aller vers lui-même.

Dans Vendredi ou les limbes du pacifique, Robinson se glisse dans les profondeurs de Speranza, prélude à sa propre renaissance. Cette image m’a toujours marquée. Comme la possibilité de revenir au point originel et de redistribuer les cartes. Le massage offre la possibilité de rentrer dans la caverne, pour mieux tourner la tête vers l’extérieur. Et, sortant de l’espace de projection qu’offre cette dernière, regarder directement ce qui nous entoure.

L’émergence du calme

Je crois fondamentalement aux bienfaits du massage tantrique sous cet angle : Tout poser, désamorcer les sécurités de tous ordres qui nous ont permis d’avancer jusque-là. Regarder ce que l’inscription dans sa vulnérabilité génère, dès lors que celle-ci n’est plus susceptible d’être prise à défaut. Aucune prétention à dire que cet espace est le seul existant en termes de sécurité dans le rapport à l’autre et à soi. Mais c’en est un.

J’en reviens à Clarisse : une fois ce moment d’apaisement connecté, le massage peut continuer. Il n’est pas extensif,  très loin de connecter la totalité de son corps. Il se limite aux zones de partielle sécurité qu’elle autorise. Mais dans ces zones, et notamment dans l’approche d’un espace particulier, sous sa gorge, un calme a pu être ramené. Cette zone d’approche délicate parce qu’agressée à cet endroit, et elle en avait expressément fait état au début du massage, je l’approche très lentement, très doucement, en quasi lévitation du geste, en total respect de ce qui est.

Le premier contact est électrique, de l’ordre d’une décharge. Je me retire dans la microseconde. Puis, de loin en loin, avec toute la conscience que je peux mettre dans ce geste, je reviens. Ses réactions sont de plus en plus douces.

Le temps n’est pas extensif et il n’est pas souhaitable qu’il le soit. Chaque massage possède sa propre dynamique, sa propre temporalité. Au bout d’un moment, il s’arrête et c’est bien comme ça.

Le massage de Clarisse se conclut à son initiative, deux heures après son commencement : Elle prend ma main pour la poser à cet endroit exact sous sa gorge, si douloureux dans son approche jusqu’à présent. Et là, le temps peut se poser, dans un calme total.

Oser être soi

Ce massage est fini. A regarder Clarisse, elle est aujourd’hui sur ce chemin d’oser être elle-même. Via, aujourd’hui en particulier, ce massage tout en allers et retours dans la dynamique du geste, la précaution du geste de mon côté, et l’accueil de ce geste du son côté. La demande explicite, même, de ce geste, qui participe de cet Annapurna à reconquérir : La libération de son expression dans la sécurité. Et au-delà, l’enclenchement de ce process magnifique : Oser être soi. Et j’en profite pour faire ici référence à ce texte du blog de Nathalie Vieyra. Blog que je recommande à tous et toutes de lire régulièrement.

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