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filet-de-peche-par-hélène-toulet - SIte Bruno Deck - masseur tantrique

Communautés unipersonnelles de coeur

Offrez-vous … à vous-même ! 

Il y a quelques jours, je suis passé au pied d’un panneau de pub pour un projet immobilier : « Offrez-vous la chaîne des Albères ! ».  Je passais en vélo, le personnage sur l’affiche avait l’air en extase, bras écartés souriant au soleil, à la montagne. A la vie, à la chance de pouvoir s’offrir ce petit pavillon dans un lotissement en devenir de zone pavillonnaire. Le long de la voie rapide. Pas loin. Alors, je me suis arrêté, l’ai regardé et j’ai changé le slogan, en supprimant mentalement le logo du commanditaire immobilier. « Offrez-vous … à vous-même ! ». De fait, exit la Chaine des Albères, exit la zone pavillonnaire, restent les bras écartés à la vie, et un vrai cri d’enthousiasme pour cette offrande à soi-même. Dans une communauté de cœur dont le personnage sur l’affiche serait le seul membre.

Nous invitant tou.te.s à créer nos propres communautés unipersonnelles de cœur.

Bras écartés à la vie. En offrande. M’est alors revenue cette méditation d’Osho, Heart Chakras, que j’ai longtemps entendue comme Art Chakras. J’adore cette méditation qui, par le geste alternatif de l’offrande et de la réception, me semble tisser des liens. Comme une navette sur la trame d’un métier à tisser. Navette vers l’avenir, le passé, les présents. Et retour de l’avenir, du passé, avec des présents d’amour plein les bras. Liens d’amour / liens de cœur. Chacun.e devenant le phare de son propre univers, tissant des liens autour d’ellui, vers le passé, l’avenir, ses présents pas toujours coordonnés. Chacun.e, l’un/l’une à côté de l’autre, entremêlant ses mailles, jusqu’à former une trame solide, faite de mille croisements à l’aplomb de mille axes. Chaque axe fondé dans l’espace même où il est en équilibre. Centré.

 

Les liens

il faut dire que cette notion de lien m’obsède depuis le début de l’été. Car quelle communauté de vue entre un lien pâtissier en crêpe ou réglisse, un lien commercial, un lien amoureux ? Ou un lien corps/esprit, un lien de filiation, un lien de shibari ? Pour ne citer que ce qui me vient à l’esprit à cet instant. En effet, quels liens nous élèvent, quels liens nous mettent en contact ? Quels liens nous forcent à passer sous des fourches caudines, quels liens nous stoppent net ? Quelle est cette notion même de lien qui suppose une connexion comme entre deux neurones. Parce que l’axone peut être tout et n’importe quoi… En clair, je me suis demandé pourquoi cette notion de lien englobe ce n’importe quoi. Au point de le banaliser, de le noyer, de le rendre invisible même s’il est constamment opérant.

De fait, dans le massage, cette notion de lien est omniprésente. La main tisse au long de la peau une trame de ressentis qui résonnent, qui intriguent, qui éveillent. Qui communiquent entre eux. La force du lien par le geste dépourvu d’intention. Non codé, ne cherchant pas à programmer, n’attendant pas de réponse. Et pourtant, ce process de création de lien est fort. Mais il est fort parce que s’extrayant de l’intention, invitant au simple dialogue entre soi et soi, souvent quasi-inexistant. Le masseur n’est que créateur du contexte, de la scène, de l’extraction de cadre usuel de vie. Et tisserand. Contexte dans lequel les conditions peuvent être réunies pour accepter de sortir de soi afin de revenir vers soi. De façon directe, sans passer par des artefacts, des liens externes, des process de traduction, des avis divers, divergents. Détergents.

 

Pris en compte du lien

Peut-on explorer ce lien vers soi autrement que dans le silence ? Cours de Tai Chi cette semaine, mouvement de régulation de la respiration. Où l’attention se porte tant sur le point exact où le talon prend contact avec le sol. Se porte sur le positionnement du pied de façon à ce que l’axe d’appui passe entre orteil et second petit doigt de pied. Où l’attention scanne chaque partie du corps en mouvement, en tension, en appui de façon à ce que tout participe d’un mouvement cohérent et équilibré. Le temps s’arrête. Et à cet instant, rien ne semble plus important que cette concentration. Concentration portée sur chaque partie de notre corps, comme si celui-ci nous était enfin révélé. Et que cette attention portée sur chaque partie de soi, devenait plus forte que le brouhaha incessant des pensées. L’attention crée du lien vers soi.

 

Ascèse

Le massage, sans parler d’art martial, rejoint parfois cette ascèse du mouvement, de la pleine conscience du geste qui révèle. Qui créée ce lien sans lequel rien ne revient au jour. Mise en place d’un axone entre l’intérieur de ce corps et cette surface. Vers laquelle remonte ce qui doit, ce qui peut, à cet instant, remonter. Mémoires, souvenirs, acceptation du ressenti, rythme du corps, expression. Ce qui est enfoui peut remonter à la surface. Parfois comme le filament diaphane d’une méduse s’inscrivant dans le pinceau d’une torche, présent et simultanément en passe de disparaitre. Parfois comme ces bombes qui hantent les champs du Nord ou de Normandie. Remontant à la surface de la terre sous l’effet de la force centrifuge. Cueillies calmement par les démineurs au petit matin.

Mise en place d’un axone fragile et précieux comme pourrait l’être un fil de pêche invisible, une fibre, une ligne téléphonique que le moindre orage peut déstabiliser ; l’écoute de soi est souvent rangée au rayon des connexions brisées, très haut sur l’étagère, de ces étagères que les vieilles dames ne peuvent atteindre dans les supermarchés. Même si des produits importants y sont rangés.

L’écoute de soi est alors souvent confiée à autrui, à l’expertise d’autrui : le sachant, l’expert du moment, quel qu’il ou elle soit, amant.e, mari ou femme, psy, conseiller, sexologue, coiffeur, astrologue, ami.e…. L’avis émis alors faisant office d’avis éclairé, éclairant, permettant de comprendre. On revient à soi par cette boucle externe qui apporte un éclairage subjectif qu’il nous appartient alors de décrypter. Dis-moi comment tu me vois et je me dirai à moi-même qui je suis. Compris chez le psy d’ailleurs où le mental patauge dans son espace de prédilection où règne souvent la plus grande confusion. Parce que construction complexe, trop complexe pour être abordée ainsi.

 

Où est l’espace du silence ?

Espace sans écho où l’information peut être regardée brute, dans le ressenti et non dans l’analyse ? Je reviens à l’image de cet homme, bras écartés, souriant à la vie. Parce que décidant soudain de s’offrir à lui-même en cadeau. Cadeau non externe, mais interne, émergeant de ses cellules pour mieux retourner vers ses cellules. Induisant une perméabilité entre intérieur/extérieur/intérieur. La peau ne devient plus contenant strict, elle devient espace de sensation. Espace d’écho, de ressourcement, d’intégration, d’énergie pour mieux extraire et mieux replonger. Positivement.

La main pour moi a cette fonction. Loin d’être une charrue qui nie le principe même de régénération des sols, elle effleure, passe, s’arrête pour mieux faire remonter ce qui est enfoui, pour créer un espace d’écho, de résonnance, de dialogue muet. S’inscrivant dans la lenteur pour mieux la matérialiser. La réalisation d’une robe en brocart dans les provinces Hmong du Nord Vietnam peut prendre jusqu’à un an et chaque motif ou dessin a un sens. C’est une création, ancrée dans la tradition et l’histoire, c’est un aboutissement en soi, il y a un avant et un après. Pourquoi ne pas s’aborder ainsi ? Dans l’ascèse du geste ?  Sans se saborder d’entrée de jeu par le « je » de l’intention ?

La lenteur du geste révèle car elle pose le temps. Elle permet de démêler, de ressentir, de comprendre. Elle évite le brouillage, la confusion, elle évite le recours à Alan Turing. On n’est plus dans un process actif de résolution de problème, d’éclaircissement, de recherche de signes, où l’attention doit rester en éveil. On serait plutôt au cœur d’une nef, là où les énergies convergent.

 

Ce divin qui est nous.

Autour, la vie pulse, déraille, exubère parce qu’elle se nourrit du mouvement. Ici, le calme règne. Les murs épais isolent du bruit, et renvoient à soi. Chantonnez un air, même profane (soyez fou !), placé dans un des coins de l’abbaye cistercienne du Thoronet, et vous entendrez cet air prendre sa mesure dans le silence, comme si lui seul avait droit d’expression à cet instant. Ecoutez votre musique propre dans le massage. Bien qu’évoquant l’image du Thoronet, je ne me risquerais pas à parler d’accès à votre éveil, à votre dimension divine. Dont j’avoue ne pas toujours comprendre le sens. L’accès au divin ne serait qu’une simple métaphore pour parler de cette liaison cœur/esprit qui est source de paix, d’apaisement, de connexion.

Cette liaison cœur/esprit qui peut s’établir que dans le silence non pas figé, mais en équilibre de l’instant. Ça me gêne de parler du divin comme d’une entité X plaquée sous l’effet d’une baguette magique tantrique inspirée. Le divin n’est pas en nous, caché dans quelque repli du corps ou de l’esprit, il est nous. Intrinsèquement nous. Totalement nous. Dès lors, pourquoi le nommer différemment, comme identifiant un état dissocié ? Je préfère parler d’homme, de femme, non pas sous son acception genrée, mais comme entité aboutie et porteuse d’un tout. A l’instar de toute forme de vie, d’ailleurs, que celle-ci soit végétale ou animale. Tout est dans l’équilibre de ce maillage de liens en nous et avec ce qui n’est pas nous. Ce qui nous rend à la fois humbles et puissants. La puissance n’appelant pas le mouvement ou la prise de pouvoir, mais simplement l’occupation de son espace.

 

L’espace du massage

Car le massage ramène à ça : l’occupation de cet espace. A nous de l’explorer en conscience, respectueusement. Loin d’une dynamique plaquée trouvant sa source dans une projection exogène à cet espace. Qu’est-ce que le lien, les liens, dès lors qu’ils sont dans la bonne dynamique, la bonne tension, le bon équilibre ? L’équilibre entre soi et soi, et entre soi et le monde. C’est tout le travail qui se joue dans cette bulle du massage. L’identification de ces liens. Et là, tout peut s’exprimer, le lien à qui l’on est, à sa sensualité, à sa tranquillité. A son exubérance pour une fois lâchée et claire, à sa joie intérieure, à sa pulsion de vie… Et il peut être étonnant de constater que celle-ci est souvent ailleurs qu’à l’endroit duquel on a pensé la voir émerger.

Donc oui à cet homme sur son affiche, qui les bras ouverts face à la montagne, s’offre à lui-même en cadeau. Oui à son sourire radieux, à notre sourire radieux. Et oui à la sérénité exubérante d’accéder à ce que l’on est.

 

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