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Illustration article curling - site massage tantrique Bruno Deck - tantra-matanoma

Le curling comme métaphore

Et si le massage tantrique se situait dans un espace plus grand que celui du sexe, de la crainte, de la peur, du désir ? Dans un espace qu’on ne connait à priori pas et qui n’est pas de projection. Où se passe quelque chose qu’il est difficile d’appréhender parce que son espace d’expression est hors contexte usuellement connu ?

Nous nous sommes tou.te.s construi.te.s sur un faisceau d’injonctions de toutes sortes. Notre vie pourrait être représentée par une pierre de curling, lancée sur une piste de glace qui accueillerait notre parcours. Lancement dans une direction qui n’est que celle de notre destin, assez intuitif au début. Notre vie lestée avant son départ, de tout ce bagage transgénérationnel inscrit dans nos cellules. Destin intuitif, donc, et pas tant que ça. Depuis ce point de départ de la naissance, notre vie se déroule sur cette piste représentée par cette surface de glace. Avec quelque part, la cible appelée dans le jeu de curling, la Maison. Celle-ci représente ce dont on doit se rapprocher le plus, mais la surface glacée devant nous est pavée de multiples roses, parfois épineuses.  Plus ou moins épineuses. Et la Maison, lieu de centrage et d’équilibre stable, est rarement atteinte.

Du bon usage des pétales de roses dans le curling

Ces roses représentent tout ce que nous croisons, percutons, ce par quoi nous sommes baigné.e.s, ou nous sommes meurtri.e.s, dans notre vie. Et elles vont possiblement dévier le chemin de notre pierre lancée sur la glace. Nous venons tou.te.s à priori de la même origine, comme toutes les pierres de curling viennent de la seule île d’Ailsa Craig, en Ecosse. Mais aucun de nos cheminements ne se terminera au même endroit. Car les pétales et épines de roses, potentiellement, nous dévient. Un peu comme une baguette viendrait à petits coups portés à droite et à gauche, orienter plus précisément le pas du cheval équipé d’œillères. J’ai souvent utilisé cette image d’œillère et de cheval pour illustrer notre parcours. Parce que nous n’avons que rarement une prescience éclairée de notre chemin.

Celui-ci nous apparait un peu comme l’espace dévoilé par la signalétique des couloirs du métro parisien, qui n’indique qu’à chaque carrefour la direction à prendre, sans que nous n’ayons aucunement conscience du chemin global.

Donc les pétales ou les épines de rose infléchissent notre chemin, le dévient légèrement, le freinent parfois. Et nous intégrons tous ces infléchissements comme autant d’informations au fur et à mesure. Certaines sont aisées à comprendre, lisibles. Elles nous montrent une voie possible, elles nous éclairent. Parfois  plus obscures, elles demandent du temps de traitement, on n’y arrive parfois pas tout.e seul.e. Certaines sont clairement impossibles à admettre, accepter, et nous les enfouissons au plus profond de nous-même, tout en construisant notre vie là-dessus. Construisant notre rapport à notre corps. Tout ce qui touche à notre relationnel, notre accès à notre désir, notre capacité d’expression. Mais également notre capacité à nous projeter, à intégrer, à comprendre, à rentrer dans notre silence intérieur. De même que notre capacité à établir une relation apaisée avec nous-même. Et avec autrui.

Et pendant cette construction permanente…

… la pierre de curling continue son chemin sur la glace, continuellement déviée par ces pétales et épines sur son chemin. Elle a une forte inertie, elle est parfois freinée plus ou moins sérieusement. Mais elle poursuit ce chemin dans une direction sur laquelle elle n’a finalement qu’une prise relative. Notre vie se déroule ainsi jusqu’à ce point où, toute inertie épuisée, la pierre s’arrête. Parfois loin de la Maison.

Expliquée comme ça, la vie semble n’être qu’un parcours non pas d’obstacles, mais de résignation à ce qui est. Ce qui est loin d’être le cas. Nombre de solutions nous sont proposées pour prendre du recul sur notre contexte, pour reprendre une main partielle sur notre route. Pour, peut-être, écarter tel pétale ou telle épine devant nous pour, à cet instant, garder notre chemin droit. Ou le ou la bouger pour orienter ce dernier.

Reprendre la main par le massage

Et j’en viens au massage tantrique.

Que se passe-t-il dans ce massage qui pourrait en faire un acteur de votre vie ? Mais l’acteur d’un jeu où vous seriez aux commandes ? Car il s’agit en premier lieu de ça : S’inscrire dans un cadre où vous allez pouvoir partir à la rencontre de vous-même.

Hommes et femmes arrivent dans ce massage la première fois avec les mêmes questions, souvent tournant autour de réactions en rapport avec leurs réactions possibles. Ou leur incapacité à réagir. Plein de raison à cela, et notamment ces connexions logiques et pavloviennes qui s’établissent dès lors que l’on parle rapport au corps et à la nudité.

Le rapport au corps s’inscrit dans le contexte dans lequel nous avons été élevé : Sociétal, familial, culturel. Dans ceux-ci, il est difficile d’imaginer un rapport à la nudité autre que sexuel. La nudité est rarement un état neutre. Il est contextuel de quelque chose. Il ouvre à la vulnérabilité et enclenche (ou bloque) des réactions. En soi, chez autrui. Réactions d’envies, de montée de désir, d’état de bien-être. Mais aussi réactions de peur, de crainte, d’angoisse, de retenue. Figement. Et ces réactions sont vécues différemment selon que l’on est seul.e dans un cadre sécurisé, et avec autrui. Avec autrui, cette nudité, dès lors qu’elle n’est pas posée dans un cadre de sexualité, nécessite une confiance absolue pour être goûtée par soi de façon apaisée.

Les questions et la nudité

Imaginer cette nudité que nous ne pratiquons souvent que dans le cadre fermé de notre intimité, vient collapser tout un tas de possibles, pour ne retenir que des séquences inscrites comme dans un dépliant en accordéon.  Il suffit de déplier ce dépliant : ces séquences, selon le contexte en cours, y sont parfaitement explicites, décrites dans leur chronologie. Et les questions perpétuellement posées en début de massage sont toutes autant explicites. Quid si j’ai une érection ? Quid si j’ai un orgasme, une montée de désir ? Si je crie ?

D’où viennent ces questions ? Toutes nos réactions sont encodées par le cadre dans lequel nous vivons : Il est simplement d’abord difficile de s’imaginer nu.e dans la même pièce que quelqu’un, dans un contexte qui ne soit pas de sexualité ou de séduction. Hormis certains lieux où tout a été géré pour désamorcer ce conditionnement, et ponctuellement, le codifier autrement. Cet écueil de l’imagination, ce passage obligé de la projection, est aisé à comprendre, il faut simplement le dépasser.

Le rapport à notre corps n’est jamais simple. Se référant à, inscrit dans une pudeur, une honte, une fierté, se référant au schéma corporel que nous nous sommes construits pour interagir avec ce qui nous entoure, nous subissons souvent ce corps que nous ne savons ni appréhender, ni aimer, ni faire totalement nôtre. Distance avec notre morphologie qui n’est jamais celle que nous aimerions avoir, distance avec ce sexe porteur de tant de poids qu’il n’a pourtant objectivement pas vocation à porter, distance avec tant d’organes ou membres de ce corps…

Notre sexe et notre corps

Car nous entretenons rarement un rapport aussi compliqué avec, globalement, notre corps, qu’avec notre sexe. Et je ne mets de côté personne. Nous arrivons dans le massage tantrique (qui est un des seuls à globaliser le corps) avec cette peur, ces peurs inscrites en nous. Tant vis-à-vis de nos réactions pendant le massage, que celles qui lestent nos vies au quotidien. La crainte de l’érection, de l’éjaculation précoce, l’inscription dans le vaginisme… La peur de déclencher, la dissociation avec sa féminité, sa masculinité, la peur du contact, la notion de danger. Nous arrivons aussi avec des espoirs, l’appétence à plus de fluidité, le désir de connaitre nos réactions, de nous connaitre. Ou mieux nous connaitre. Nous faire reconnaitre, aussi.

Face à ça, que peut apporter le massage tantrique ? Ce dernier se déroule dans un espace de non-jugement et de sécurité. L’un et l’autre sont de la responsabilité du masseur ou de la masseuse, qui fixe ce cadre vis-à-vis de la personne qui vient le voir, comme intangible. Et le tient.

Le cadre, outre de non-jugement et de sécurité, est également de bienveillance et d’accueil. Accueil de ce qui doit être. Dans cet espace, le masseur n’est pas guide, il ne peut avoir aucune prétention d’amener la personne, qu’il ne connait usuellement pas, d’un point A à un point B. S’il s’inscrivait dans cette dynamique, il se positionnerait directement dans l’intention, totalement antinomique du tantra qui ne peut s’inscrire que dans le présent, sans projection. Il se positionnerait comme sachant vis-à-vis d’une personne qu’il ne connait pas. A quel titre ?

Le masseur n’est qu’accompagnant

… de ce qui doit, ou peut, se passer. Il se met à l’écoute et accompagne, avec le plus d’humilité possible, la personne qui vient le voir.

Celle-ci arrive avec son conditionnement, ses peurs, ses entraves, sa difficulté à s’ouvrir. Mais aussi avec son énergie de vie, son ouverture, sa joie. Sur la console de ce qui se joue dans ce massage, les curseurs peuvent être mobiles, mais ils échappent à la conscience active tant du masseur que du ou de la massée.

Car c’est bien là que se joue la magie du massage tantrique. Dès lors que le cadre est confidentiel, sécurisant, bienveillant et inscrit dans l’ouverture, tout peut être exploré. Et ces énergies tant contenues dans la vie courante peuvent être mises en lumières, libérées, explorées. L’espace du massage doit être vu comme un labo où l’on peut, en toute conscience et sécurité, prendre ce risque d’aller vers soi-même.

Venir avec ses peurs et ses envies, pour les externaliser, les sortir de soi, et les poser là, pour aller à leurs rencontres dans un espace où elles ne seront pas questionnées, moquées, incomprises. A commencer par soi. Pouvoir dire et exprimer les choses et partir à l’écoute de ses réactions dans son corps.  Pouvoir dire qu’on ne se connait pas, qu’on est dissocié.e de telle et telle partie, qu’on aimerait partir en exploration douce.

La non-intentionnalité

J’en reviens à ces questions permanentes : quid de mes réactions? Quelle sera la vôtre, et finalement comment est-ce que je peux m’aider moi-même à travers ce massage ? Tout tourne autour de la non-intentionnalité, simplement se poser et écouter. Notre corps nous parle en permanence de nous-même et nous l’écoutons rarement, passant en force ou niant les choses. Prenons ce temps, le massage est là pour ça, prenons ce temps de nous écouter. Prenons le temps de dénouer, décontracter, apaiser, prenons le temps de faire émerger, de trouver ce sentier jusque-là masqué par le couvert végétal, prenons le temps de poser le temps. Dans cet espace, peu importe la réaction possible que vous aurez : elle sera la bienvenue, de fait, et si elle ne respecte pas le cadre posé initialement de non sexualité, il revient au masseur de revenir encore et toujours au cadre. Sans jugement.

A ce sujet, pourquoi pas de sexualité dans le massage tantrique ? Pour deux raisons : une raison de déontologie, bien évidemment, pour commencer, des deux côtés. Et parce que ce chemin de sexualité est totalement balisé dès lors qu’il est enclenché. A tout le moins, balisé dans l’inconscient de chacun, qui va donc emprunter cette route connue au détriment de l’exploration. Et parcourir ces chemins tant et tant parcourus n’est pas la meilleure façon d’explorer ce qui est encore inconnu. L’énergie sexuelle est trop souvent confinée dans ce petit réduit de sexualité actante.  Alors qu’elle est d’abord et avant tout énergie de vie, de connexion, de créativité, d’aller vers. Il y a tant à découvrir, sans que cela ne passe par l’acte sexuel lui-même.

Au-delà de la sexualité

Mais les questions relatives au corps dépassent largement cette question de la sexualité. Abordée parce que c’est la première question qui se pose à tout un chacun dès lors que la nudité est évoquée. C’est bien aussi à la représentation et à la conscientisation de tout le corps que ce massage s’adresse. Apprendre à ressentir l’effet de la main sur un bras, une omoplate, participe de cette pédagogie, de cet apprentissage de la sensation auxquels que nous devrions tou.te.s nous prêter. Apprendre à se laisser aller, à faire confiance.

Les réactions sont-elles différentes d’une personne à l’autre ? Oui, bien sûr et il n’y a pas deux massages identiques. En tant qu’accompagnant, le masseur ne peut qu’être caisse de résonnance de ce qui se joue chez la personne qui vient le voir. Celle-ci vient parfois avec des questions précises, des projections, une situation à tester, un conditionnement très fort face à sa nudité, son corps, ce qu’il ou elle vit intérieurement. Certains massages demanderaient une représentation 3D pour être décrits, tant ils s’inscrivent dans le mouvement, d’autres sont très calmes, inscrits dans l’hyper-silence de soi. Au masseur d’accompagner cette énergie qui s’invite, ou qui est invitée par le ou la massée parce qu’il ou elle a besoin de passer d’abord par là pour aller vers autre chose. Un second massage est rarement identique au premier ou aux suivants. Chaque fois s’invite une énergie nouvelle, plus fluide au fur et à mesure.

Et quand l’espace s’éclaircit

Ce qui est clair, c’est que ce rapport au corps qui se découvre d’abord comme au long d’un sentier serpentant entre les ajoncs, les herbes hautes envahissantes, voire les ronces et aubépines, sous une frondaison dense, s’allège peu à peu. Peu à peu, le paysage s’éclaircit, les rayons du soleil trouvent leur chemin à travers la canopée. Commencent à nous éclairer, nous mettre en lumière. Des clairières apparaissent, où le regard porte plus loin, où l’on peut se poser, calme. Si l’on continue, on parvient à un paysage plus dégagé, là où la végétation est moins dense; les sapins se font plus clairsemés, voire disparaissent, et on peut alors s’étendre dans une combe légère, sur un rocher exposé, en pleine lumière et de soi et des autres. Et rester là, à goûter l’instant, à goûter la tranquillité régénératrice d’un contact plus direct avec son corps, plus en lumière, plus dans la paix et l’exultation.

J’aime passionnément ce massage, pour ce qu’il permet de se révéler à soi-même quand on s’y prête.

Peut-être qu’à s’écouter, dans la vérité et le silence de son corps, dans la joie de cette exultation connectée, d’une vérité à laquelle on s’est jusqu’à présent soustrait.e , on permet à sa pierre sur la glace de se rapprocher un peu plus de sa maison. Tout doucement, non dans la rupture, mais simplement par l’infléchissement subtil et conscient de son parcours.

Du bon usage des pétales de rose sur la piste de curling…

 

 

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