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B10.1 - illustration article sur le geste - Site de Bruno Deck, masseur tantrique

La limite du geste

J’ai massé une femme il y a quelques mois. Le contexte était un peu particulier. En grand désir d’enfant, sa vie tournait autour de ce désir qui n’aboutissait pas. La tension installée dans un corps tendu vers cet objectif, la FIV ne donnait aucun résultat. J’avais déjà observé, il y a des années, sur une amie, les effets de cet apaisement sur la réponse de son corps : A calmer son anxiété, sa FIV avait fini, après plusieurs années, par fonctionner, et elle avait donné naissance quelques mois plus tard à une petite fille.

A cette femme, il y a quelques mois, je lui avais simplement proposé un massage d’apaisement, pour reconnecter son corps à une certaine tranquillité, un calme intérieur. Le massage s’était bien déroulé, dans une énergie très calme.

Il y a quelques jours, elle m’a adressé un message pour me remercier de mon attention. Me créditant d’une part dans la réussite de ce projet : Son bébé, suite à une implantation qui a été couronnée de succès, va naître l’été prochain.

Je l’ai remerciée de son message, mais objectivement, je n’ai rien fait d’autre que la prendre par la main pour l’accompagner dans son calme intérieur.

L’espace capable

Ce message me renvoie à quelque chose. Ma compagne a fait récemment un stage de BMC (Body-Mind Centering) avec Alex Guex, tournant autour du thème de l’embryologie. A son retour, elle m’a amplement commenté la notion non pas d’espace capable « actant », mais d’espace capable « d’accueil ». L’embryon se développant au cours de la gestation dans un espace qui à chaque fois définit, rend possible. Invitant par-là cet embryon, tout ou partie, à se développer plus avant. C’est exactement ce geste en haptonomie où la main posée sur le ventre abritant le bébé se soulève, et que celui-ci, dans cet espace créé par le soulèvement de la main, vient la chercher, démontrant par-là la force du lien. Nous ne sommes pas en présence d’un espace d’action, mais d’un espace accueillant, permettant quelque chose. En l’occurrence ici, d’un process qui peut alors s’y dérouler.

La question principale n’est effectivement pas de toujours chercher à être acteur dans quelque chose. Parce qu’à agir, il y a toujours intention, projection dans quelque chose, et donc influence d’une certaine manière dans le process qui se déroule. Or chaque process possède sa dynamique propre. Avec le besoin d’un espace lui permettant de se développer.

Acteur et non-acteur

La notion d’espace d’accueil est intéressante, car elle suppose une absence d’interférence avec ce qui se déroule. Pas d’égo, pas de démonstration à faire, pas de réponse à attendre. Pas de prise de pouvoir sur quelque chose. Cet espace d’accueil n’est pas pour autant neutre, inerte. Puisqu’il met en place les conditions possibles pour que quelque chose, potentiellement, s’y déroule. Ce qui ne veut bien évidemment pas dire que quelque chose va s’y dérouler de façon certaine. C’est vrai de l’éducation des enfants (quel terreau est mis en place pour qu’ils puissent s’abreuver d’eux-mêmes à la vie et trouver leur chemin ? Pour que l’appétence à apprendre se mette en place ?). C’est vrai de la culture dans tous les sens du terme, de la dimension artistique. C’est aussi vrai de la relation au corps, à son corps. De tellement de choses en fait. Et c’est vrai du massage qui est aujourd’hui un de mes axes de vie.

Quand cette femme, que je remercie pour son message, me l’envoie, elle exprime ça, et pas plus que ça : une simple reconnaissance que, dans cet espace du massage, une bulle de calme a pu être créée. Bulle résonnant avec d’autres dynamiques, qui, toutes ensembles, ont favorisé la création d’un espace d’accueil. Permettant et concourant toutes ensemble à ce que cette procréation se déroule bien et aboutisse à une naissance.

Le champ des possibles

Espace des possibles, champ des possibles. Espace ou qqch, possiblement, peut se développer. Ou pas. Ce n’est pas le champ de la volonté, mais celui de la synchronicité. Pour permettre, toujours potentiellement, à quelque chose de prendre sens et de se créer.

La notion de champ des possibles est totalement liée à la providence, à l’Univers, quel que soit le nom qu’on lui donne. A réfléchir sur notre vie, il ne faut pas aller chercher très loin pour reconnaitre que tel événement majeur, telle décision, s’est pris parce que quelque chose, pas forcément lié en apparence avec le sujet, est rentré en résonnance. Faisceau d’échos mis en place pour permettre une émergence. Comme si l’Univers s’engouffrait dans cette ouverture pour permettre à quelque chose d’éclore.

J’ai été architecte longtemps. Assez attentif à la façon dont les projets se mettent en place. A l’énergie de ces projets. Quelquefois, on ne s’extrait pas d’une dimension triviale de contexte, de contrainte, de planning. Quelquefois, il y a des égos à l’œuvre qui bloquent tout, nécessitant une énergie énorme pour faire avancer le projet. Mais quelquefois, le projet se met en place parce qu’une fenêtre s’ouvre. Et l’action unipersonnelle des uns et des autres n’a, à cet instant, que peu d’importance. Il s’agit de contexte, de résonnance entre plusieurs énergies, qui tout d’un coup, permet à qqch de se produire. Le champ des possibles est à l’œuvre…

L’Univers.

Dans le massage, j’insiste beaucoup avec les personnes qui viennent me voir sur l’inscription dans l’instant, la non-projection. Sur ce qui peut s’inviter parce que soudain, quelque chose fait chambre d’écho et permet l’émergence de ce qui n’était pas audible. L’instant, parce que sans intention, ouvre vers autre chose.

Encore une fois, merci à cette personne de me faire partager sa joie. Et ouvrir cette conscience que nous avons tous par notre ouverture, notre silence, notre regard, la capacité de faire résonner ce qui, à cet instant, est juste.

Merci avant tout à l’Univers, donc. Et bienvenue dans quelque mois à cet enfant.

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