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B13 - Photo illustration article - Site Bruno Deck - Massage tantrique

Y-aurait-il une mouche dans le « plottage » ?

Il y a quelques jours, je tombe sur un post Fb, site de tantra, photo de 2 mannequins. L’un au-dessus de l’autre, main apposée de l’un sur le torse de l’autre. Assorti de divers commentaires sur l’anormalité de cette situation de deux hommes se touchant, un autre s’exclamant que jamais il ne se laisserait plotter (sic) par un homme. Soit.

On en est encore là.

Je regardais récemment chez des amis un tracteur sur une étagère. Une maquette, parce que l’étagère n’était pas si grosse que ça. Et j’imaginais le poids d’un véritable tracteur sur chacune de ses roues. 1 tonne ? 4 roues donc tassant de leur 4 tonnes cumulées la terre meuble d’un champ, la damant, la compressant, éliminant toute forme de vie, toute capacité des vers et autres acteurs vitaux de ce champ à perpétuer leur éternel mouvement de yoyo entre profondeur et surface. Les empêchant d’aérer la terre et de la gorger d’éléments nutritifs. Résultat : Process actif à une terre stérile qui ne produit plus, qui s’épuise et ne se régénère pas.

Mais on a une solution. On a malheureusement toujours une solution. Les labours par le même tracteur, qui, de sa charrue éventre la terre, la retourne cul par-dessus tête. Détruisant ainsi ce qui aurait déjà échappé au massacre, avant de la noyer d’engrais pour la ‘nourrir’.  Effet kiss cool produit par celui qui ne questionne pas le fond.

Petit parallèle avec les hommes

A qui l’on apprend, très tôt, à se comporter… en hommes.  Les 4 tonnes du tracteur représentant ce nivellement de tout ce qui émerge de sensible. Le soc de la charrue, ce retournement de l’âme pour rentrer à coups d’engrais chimiques dans leur tête la façon dont ils doivent se comporter. Et ça marche. D’où l’anormalité dénoncée par l’un sur ce post, ou l’horreur du ‘plottage’ de cet autre. Résultat d’injonctions rentrées à coups de masse dans la tête des hommes depuis toujours. Pour viser une version de leur « normalité ». Une version construite au fil des siècles qui valorise la virilité, la puissance, qui élimine l’émotion, la sensibilité apparente.

Si l’on met de côté l’éducation pincée, la religion, la bêtise, le rejet dû à de multiples facteurs, l’effet de groupe, ou Dieu sait quoi, que reste-t-il ? Des hommes et femmes d’avant formatage, qui sont curieux du monde, de ses couleurs, de ses multiples formes de vie. Qui sont surtout curieux de leur potentiel à vivre, goûter, toucher, sentir. En toute innocence et j’utilise ce terme à dessein. Innocence considérée sous l’angle exploratoire de ce qui peut être source de contentement, de plaisir, de plénitude. Sans se préoccuper des nuages noirs qui errent en toile de fond, prêts à se répandre et éteindre la lumière. Eteindre la lumière est facile, elle permet de regagner sa bauge à tâtons, celle où l’on est bien, avec ses certitudes, son absence de curiosité, son biotope incertain d’où stigmatiser ce qui dérange.

La recherche de l’innocence

En évoquant l’innocence exploratoire, je ne parle même pas de conquête du droit au plaisir physique. Je parle d’abord et avant tout du plaisir à s’autoriser. Pour voir la révolution des paradigmes qui s’ensuit, le renversement du regard, la tolérance qui s’installe. Où le ‘vivre ensemble’ prend enfin réalité. Les hommes sont dans une position ‘sécure’ quand on parle de contact hommes-femmes. Ils sont exactement posés là où on les a posés. Et ils sont souvent persuadés de respecter une « loi de la nature ». Sans aller chercher plus loin, quant au fondement de cette « loi de la nature ».

Et d’ailleurs, cette « loi » est souvent si naturelle, qu’elle leur confère (effet induit) un certain pouvoir sur les femmes. Avec tous les abus liés à la notion de pouvoir. Entre eux, cette toujours « loi de la nature » leur interdit tout contact. Ou au contraire l’autorise, mais avec tous les codes virilistes en vigueur. Qui viennent habiller, souvent, quelque chose de peut-être plus doux qui subsiste au fond d’eux. Comme un habit trop grand à porter, mais qu’ils s’efforcent quand même de porter.  Par convention, peur, incapacité à s’écouter. Et il y a tout un tas de clubs de sports, de zones de friction et d’échange, qui leur permettent de se toucher en donnant le change. Avec de grandes tapes viriles dans le dos, de grandes étreintes viriles, de grands cris virils…

Pour contrer un supposé danger qu’ils guettent du haut de leur rempart comme les soldats du Désert des Tartares : en vain.

Le toucher et l’émotion

Il n’y a pas de danger pour un homme à toucher à un autre homme, ce dernier n’explose pas (sauf quand il est conditionné à le faire), il ne s’échauffe pas de façon inconsidérée (sauf quand il est conditionné à le faire), il ne montre pas les crocs (sauf…) … Il n’y a qu’un danger construit de toutes pièces, celui de paraître ce qu’on n’est pas, ce que l’on ne voudrait pas que les autres, ceux du groupe majoritaire, imaginent en nous regardant.

Le toucher ne devrait pas être assujetti à ce qui finit par faire loi. Mais qui n’est qu’illusion de constructions sociétales empilées les unes sur les autres. Avec le risque de manque d’air pour cause d’agglomération, empêchant toute respiration et tout questionnement.

Mais est-il pour autant naturel ? Il n’y a pas un droit particulier qui caractériserait le toucher entre hommes comme naturel.  Pas plus ni moins qu’entre hommes et femmes, ou entre femmes.  Le toucher n’est ni naturel, ni non naturel. Il pose simplement la question du consentement à l’instant du contact.

Une fois ce consentement entendu, le toucher n’est qu’affaire d’émotion. Et non source de conflits. Je reviens à mon image de la pesanteur du tracteur, comme métaphore de ces gestes poignants, virils et pesants que les hommes s‘autorisent entre eux. Ces gestes qui filtrent une émotion remontant à la surface en la codant. Pour qu’elle ne paraisse pas ce qu’elle n’est pas autorisée à être.

Le toucher dans le cœur

Mais posons-nous la question simplement de la valeur d’un geste plus dans l’accueil, dans l’accompagnement. Dans l’émergence de quelque chose qui a peu droit à l’existence : la sensibilité. Être sensible à son entourage, c’est l’écouter, le regarder, l’accueillir. Accepter qu’il soit là, présent, vivant, parce que rien dans l’expression de cette sensibilité ne peut être source de danger.

Je fais définitivement du toucher entre hommes un geste à vocation politique. Des hommes qui se touchent physiquement commencent d’abord à se toucher dans leur cœur. Le geste est émotion. En brisant cette carapace que la société a construit pour eux, ils apprennent à aller les uns vers les autres. Je ne parle pas de genre ou d’orientation sexuelle, je ne parle que de fraternité (Et écrivant ce mot, j’aimerais vraiment trouver un mot qui ne renvoie pas chacun derrière ses lignes. Fraternité VS sororité.). Apprendre à lire la sensibilité de chacun et voir comment résonner avec elle et s’en nourrir.

Le toucher est le meilleur moyen pour court-circuiter le mental. Ce dernier a toujours tout un tas de choses à nous dire, dans absolument toutes les situations. Mais il interprète plus qu’il ne comprend. Il encode les réactions plus qu’il ne les donne à lire dans leur vérité. Le toucher, dès lors que le consentement est posé, permet une lecture en résonance. Une main sur un dos, une hanche, une cuisse constitue la première condition d’un dialogue de cellule à cellule. Qu’est-ce qu’un corps exprime dès lors qu’il est simplement touché, sans intention, sans projection ? Que se passe-t-il entre peau et peau, qui échappe à l’interprétation du mental ? Et pourquoi, en ce sens, un massage entre hommes, entre femmes, entre hommes et femmes ne devrait-il avoir, en théorie, de signification genrée spécifique ?

Hania Rani

Je suis un fervent défenseur de toute forme de contact dès lors que ce dernier permet un dialogue direct. Qu’il permet aux émotions de remonter, aux défenses de tous ordres de s’éclipser quelques instants. Pour toucher son calme intérieur. Pour toucher la vérité d’un instant qui ne nous voit pas réagir à mille injonctions ou contraintes à se comporter de telle et telle manière.  Et j’aime passionnément le massage tantrique qui permet ce dialogue centré entre soi et soi. Comme dans une chambre de laboratoire où l’on s’autorise, pour une fois, à s’écouter. A tester. A pousser les curseurs sur la table de mixage pour voir l’effet de tel mouvement, prise d’espace, libération de tension. L’effet de l’extinction de telle peur, ou l’écoute posée de tel ressenti.

J’ai eu récemment une longue conversation avec le fondateur de la RESC. Technique de soins aujourd’hui très utilisée et enseignée en hôpital. (Issu du site Resc.fr :  La « Résonance Energétique par Stimulation Cutanée » ou « RESC » est une écoute cutanée subtile, entre deux points mis en résonance, des messages de nature vibratoire et ondulatoire perçus dans l’espace liquidien et tissulaire du corps (parallèles théoriques avec les lois océanographiques) afin d’en évaluer la fluidité et de la rétablir si nécessaire).

J’ai été frappé par les analogies entre sa façon de parler de cette technique thérapeutique et ma façon de parler du massage tantrique. La RESC se base sur la capacité du corps à s’auto soigner, dès lors qu’il est sollicité de façon particulière. Avec mise en résonance de certains points. C’est bien cette résonance qui est précieuse. Comment impulser un mouvement dans la bonne résonance, pour trouver le chemin de sa propre musique. Et celle-ci peut être tellement belle. Aussi belle qu’une musique de Hania Rani, construite et libre.

Résonance et chorégraphie

Le massage tantrique n’est pas thérapeutique, pas plus que je ne suis thérapeute. Mais il intervient également dans ce domaine particulièrement subtil de l’écoute de son propre corps. Dans ce process apaisant de fluidification de son énergie, par la résonance du geste. On est ici très loin de la pesanteur des tracteurs, des refus de « plottages » … Des bauges où s’endormir bien au chaud dans la sécurité de certitudes qui ne nous appartiennent pas.  Le massage tantrique ouvre à un monde de possibles, de nouveaux chemins à explorer, de ces chemins soigneusement obstrués parce qu’on ne s’est jamais autorisés à les déchiffrer, défricher. Mais qui peuvent déboucher sur des ailleurs tellement, tellement lumineux.

Christophe (prénom changé) est déjà venu me voir deux fois. Il habite très loin. Métier prenant, stressant parfois, il se fait masser hebdomadairement par un masseur sous les mains duquel il s’endort systématiquement. Ma seule main posée sur son sacrum le fait littéralement décoller du futon. Le massage qui s’ensuit n’étant qu’une chorégraphie en 3D. Spatialisation de ses ressentis parfaitement inscrite dans un espace qu’il s’autorise. Qu’il occupe pleinement. Dans lequel je ne suis qu’accompagnant. Il n’y a ni excitation sexuelle inconsidérée, ni énergie biaisée qui profite de cet espace pour exploser. Il est parfaitement dans son corps, inscrit dans sa surprise à être, à se découvrir. Et ça ne lui arrive pas ailleurs, ça ne lui arrive qu’ici.

Nul égo pour moi à écrire ça, mais un émerveillement à voir les effets du process de résonance. De l’autorisation que l’on se donne. La vie ne parle que de ça, ne se nourrit que de ça. Sachons également nous nourrir de ça.

Loin de la métaphore des tracteurs surpuissants qui écrasent tout.

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