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7B14 - Illustration parfois la nuit... site Bruno Deck - Tantra-matanoma

Quand le sud s’inscrit dans l’ouest….

Je repars dans mon sud. Route commencée tôt dans la journée. Tracée, faite régulièrement, elle n’offre pas de surprise. Le GPS me guide, je devrai arriver dans 8 ou 9 heures au plus tard. Je conduis doucement. Je m’arrête à Poitiers à midi, pour déjeuner. Quand je reprends le volant, je ne sais pas, le temps a comme changé de dimension, et je ne sais pas vraiment où je vais. Et je me trompe de route. Le GPS s’adapte, et la route s’invente au fur et à mesure, dans ce qui devient un dialogue complice. Le temps affiché de mon arrivée augmente sensiblement, sans que je comprenne vraiment comment le réduire. Je ne m’interroge pas, laisse le mouvement se dérouler. Je prends de longs moments de repos sur des aires d’autoroute.

Et cette route m’emmène vraiment vers l’ouest. Je me retrouve près de Bordeaux, loin de ma route théorique, je ralentis lors de travaux, m’arrête quand un accident bloque tout. Repars. Quand le soleil bascule vers l’horizon, sur ma droite, le paysage se resserre peu à peu, la vue s’échappe moins sur les côtés, des alignements d’arbres apparaissent, légèrement obliques… Le temps change de vibration. Quand l’heure fatidique du couvre-feu arrive, je sors de l’autoroute et bascule dans la clandestinité de la campagne. Je fais corps avec mon GPS, lui fais confiance pour m’emmener à bon port. Je suis encore à plus de 300kms de chez moi. Droit vers l’Est d’où émergera, peut-être demain, un soleil nouveau.

L’éveil à ce qui m’entoure

Dès lors, je m’inscris dans un entrelacs de petites routes, bifurcations à angle droit en plein milieu des champs. Quelques villages qui se dessinent, quelques villages que je traverse. J’y suis le seul élément en mouvement entre les murs extérieurs des maisons.

La végétation parfois se densifie. La route est étroite, sinueuse. S’adosse à une courbe taillée dans le rocher, épouse le lit d’une rivière. Emporte. La nuit est noire maintenant, la réalité n’apparait plus que dans le pinceau mouvant des phares. Ma réalité à cet instant. La conscience de cette réalité semble à la fois restrictive de ce que je pourrais en voir en plein soleil, et extensive. Car attirant mon attention sur des évènements que je ne verrais pas en plein soleil. Une tête de sanglier apparait à l’extrême droite de mon champ de vision. Il va dans le même sens que moi, me parait immense, chenu. Ce n’est pas un sanglier que je vois, mais un sage qui m’indique un chemin. Un autre traverse la route devant moi, lentement, avant, d’un coup de rein, de se hisser sur le talus. Disparaissant dans les céréales.

Deux renards, également, coup sur coup, rapides, effilés, prudents dans les regards qu’ils jettent à droite à gauche. Des touffes de plantes, la ramure d’un arbre qui danse au-dessus de ma tête en passant, comme me caressant, le reflet humide d’un rocher qui semble me renvoyer sur la route d’un geste amical. Plein de petits événements qui se jouent dans cette intimité contenante de la lumière ouvrant une brèche dans la nuit. La nuit s’étire, les virages s’enchainent. Une acuité particulière me fait regarder tout ce que ce voyage met à portée de mon regard, de mon émotion. Je conduis lentement. De plus en plus lentement.

La possibilité d’un devenir

Puis une longue ligne droite, quelques vignes à gauche, une pente douce protégée par un muret bas sur la droite, donnant sur une rivière en contrebas. Que je ne vois pas. Je ralentis encore, et m’immobilise au milieu de la route. Un temps. Je coupe le moteur, laisse les phares errer au loin. Le silence s’installe. La route devant moi semble infinie. Comme le ciel que je découvre pixellisé d’étoiles quand je sors de la voiture et lève la tête.

Une densité d’étoiles telle qu’elle forme couverture, et que je peux presque voir les lignes droites reliant les étoiles des constellations, comme les fils d’une maille contenante. Protectrice. La lumière des phares posée sur la route, la lumière des étoiles au-dessus de ma tête. Un noir de charbon passé sur le reste du paysage, du gras du pouce, laissant apparaitre les contours des arbres, l’échappée des sillons d’un champs vers une lisière lointaine. La possibilité d’un devenir….

L’invitation à l’écoute

Un paysage à la mesure de l’instant, immobile et mouvant. Immobile dans cette séquence des phares, voiture posée sur la route, stable. Le pinceau ne bouge pas et éclaire obstinément quelque chose au loin qu’il m’appartient peut-être de voir. Ou non. Qu’il m’appartient peut-être d’identifier. Seulement si c’est l’option à activer à cet instant. Peut-être mon regard doit-il partir en errance sur la terre meuble faiblement éclairée, repérer l’ombre d’un animal qui la traverserait.  Mouvement. Ou l’ombre d’un arbre, quasi ton sur ton. Se détachant à peine. Immobilité. Peut être est-ce cet arbre qui m’attire à cet instant. Ou dois-je prendre conscience du basculement de cette voûte au-dessus de moi, si tranquille, si belle, si contenante.  De ce mouvement ample et infime à la fois, puissant et presque invisible.

Basculement de mon monde, ou basculement de la voûte céleste le contenant. Je ne sais à cet instant où est le mouvement, où est l’immobilisme. Je ne suis plus dans le mental, mais à l’écoute de ce qui, autour de moi, communique, de ce qui me baigne. De ce qui éclaire ce destin qui se joue dans cette partition unique de l’instant. Du seul instant. Peut être quelque chose doit-il apparaitre de ce paysage stable et instable à la fois, baigné de cette lumière concave massive et pourtant faible. De ces pinceaux puissants, mais si effilés à la fois qu’ils ne révèlent rien de la globalité qui m’environne. Ou De ces animaux qui traversent mon champ de vision sans que je n’en ai conscience. Fugacement s’inscrivant dans les phares. Tout peut venir de partout, ou rien, et je n’attends rien de ce qui pulse tout autour de moi.

L’invitation au massage

Le massage tantrique s’inscrit dans cette dynamique douce et contenante. Favorisant la possibilité d’une émergence, du calme, de la connexion à ce qu’on ne voit pas usuellement. Il ne révèle pas mais invite, simplement. N’éblouissant pas mais suggèrant, indiquant une brèche, une échappée, un goulet dans lequel se glisser doucement pour découvrir, se découvrir, aller vers soi. Il est comme une promenade douce à travers mon paysage intérieur, questionnant muettement une ombre glissant entre deux rochers, une eau qui s’écoule, une feuille qui se soulève sous l’effet d’un courant d’air soudain. Et dans cette brèche, cette échappée, ce goulet peuvent se loger des pépites, des envies, des impulsions languides, liquides, aériennes. Qui emportent alors. Dans un halo de lumière, une veine de courant, une invitation….

Laissons-nous aller dans ce mouvement, sans questionner, sans en attendre quoi que ce soit. Simplement pour le plaisir de la découverte, dans la tranquillité de ce qui émerge, dans le mouvement de l’impétuosité, parfois…. Dans ce mouvement libre ou immobile, la vie se loge, tout sourire, yeux parfois ouverts, dans l’exultation et la découverte. Dans le jeu. Laissons venir ce jeu. Laissons émerger notre ‘je’….

1 Commentaire

  1. LAMANDE

    magnifique…..
    Je viens de lire à voix haute ton texte,
    Félicitations,
    J’espère te revoir,
    Je me souviens de nos rencontres associées au massage,
    Je me souviens de l’après d’un massage, j’étais calme, apaisé, je pleure à l’instant, les larmes viennent de couler sur la nappe,
    Ce n’est pas hasard, la puissance de ta présence, de ton massage, de tes mains, de ton mental,
    J’espère que tu vas bien ainsi que ta famille,
    Amicalement,
    Erwan

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