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Arbres-fleurs-illustration article Nouvel An - site Bruno Deck - Masseur Tantrique

Le Nouvel An et la danse

Le nouvel an vient de reposer le temps. Comme une crêpe que l’on renvoie éternellement en l’air. Espérant qu’à chaque retournement le dessin, la texture, le paysage en sera différent. Et le paysage, d’année en année, évolue effectivement, régresse parfois, ou avance. Souvent. Chaque retournement du temps est une occasion de le requestionner, de se requestionner soi. Cette nuit qui intègre ce moment unique de bascule dans l’année est comme posée sur une crête, avec un avant et un après. Avant, un versant connu gravi au long des 365 jours précédents. Après, un versant inconnu à dévaler dans l’année à venir. De sable, de pierre gravillonneuse, de pente herbeuse, avec, au long du mouvement lancé, des étirements, des roulés-boulés, culbutes, galipettes.

Des mouvements qui nous réveillent, nous figent, nous inscrivent dans le silence, dans l’écoute de soi, dans la joie. L’extase parfois. Un ressaut et la vue plonge vers le bas. Fixant simultanément dans le ciel le vol de cet aigle qui nous surplombe en grands cercles concentriques. Extase complice de qui se désarticule pour mieux se rassembler, accueillant sur chaque parcelle de sa peau la vie qui danse.

Isadora Duncan parle d’émotions plutôt que de rigueur pour l’apprentissage de la danse. L’axe d’approche est identique pour le massage tantrique. L’émotion, l’accès à l’émotion de soi. Comme un bouquet de fleurs fermées d’avant lever de soleil, que le soleil invite à s’épanouir.

Encore et toujours, le massage tantrique.

Dans ce massage, on est loin, très loin d’une déclinaison technique de gestes. Parce que pour anti-paraphraser Florence Foresti, qui définit les hommes par l’amour des Porsche, des steaks et des patates, un homme ne se définit pas par son sexe et son orgasme, comme encore vu récemment dans une vidéo sur le massage tantrique. Qui n’abordait d’ailleurs quasi pas les femmes, sacrifiées sur l’autel de l’anti-démonstration. Le massage tantrique est beaucoup plus grand que cette approche réductrice.

L’émotion donc. Qui est une des clefs pour aller vers soi-même.

Pourquoi l’émotion ? Parce qu’on s’est tou.te.s construit.e.s en vrac, dans le désordre, en prenant rarement la peine de se poser. L’émotion par le biais de l’accès à notre vulnérabilité, connectée dans cet instant si précieux où le temps arrêté permet au regard intérieur de se poser. Non par le biais du mental, mais par celui du corps. L’expérience est à portée de main dès lors que l’on se sent en confiance, avec qqun ou soi-même. Poser le temps, connecter sa vulnérabilité et toucher du doigt l’émotion. Comme dans cette séquence fabuleuse entrevue récemment dans « la sagesse de la pieuvre », où une pieuvre lance un tentacule timide vers le bras du cinéaste pour le contacter. Osons lancer nos tentacules.

Massages

Aline, je vais l’appeler comme ça, souhaite apprendre le massage tantrique pour trouver ce chemin vers elle-même. Au-delà des barrières et fondrières de toutes sortes qui émaillent son parcours. Elle me parle d’armures, de comportements conditionnés, d’échecs dans ses rencontres. Elle me parle avant tout de défenses très organisées dans son relationnel aux autres. Et de prise de conscience forte dans des stages sur le féminin sacré, quant à la connexion avec telle ou telle partie de son corps. La porte est entrouverte, elle a besoin d’un cadre de sécurité pour aller plus loin et me téléphone. Dans notre échange, j’aborderai le cadre, la sécurité, la découverte de soi dans cet espace laboratoire qu’est l’espace du massage. L’accès à sa propre sécurité, la construction de paradigmes de vie, à tester à blanc et inscrire dans son corps. Dans sa vie.

Quand Olivier m’appelle pour un premier contact, parce qu’on lui a parlé de moi, j’aurai une approche identique. Je répondrai bien évidemment à sa question sur un possible orgasme, posée comme crainte, quand il me parle de sa difficulté à se construire dans l’apaisement, lors d’échanges sexuels. Mais je m’attacherai surtout à le rassurer, pour esquisser un espace global de calme, seule possibilité pour poser les conditions d’un aller vers soi.

Libido et alignement

Si Laure vient le voir avec une libido à l’étale, comme une mer entre deux marées, mon objectif premier n’est pas de réactiver cette libido. Comme on démarrerait une voiture ancienne d’un coup de manivelle. Je m’attacherai avant tout à ramener du calme et de l’apaisement dans ce corps abordé sous l’angle de l’inquiétude. Et sans focaliser sur l’éveil de cette libido, en rétablissant un dialogue au corps dans l’amour et la confiance, le massage permet à cette énergie de remonter à la surface. Cette libido, était absente au moment où elle est venue me voir. Elle s’est réinvitée simplement dans les jours suivants dans le jeu de sa vie.

Comme Nathalie, à qui je fais un jour un massage. En difficulté dans sa vie, parce qu’elle n’arrive pas à tomber enceinte par FIV. Corps abordé depuis trop longtemps dans un contexte médical où l’émotion ne trouve pas sa place.  La FIV fonctionnera suite à ce massage, ce dont elle me créditera en partie quelques mois plus tard. Mon seul objectif a été de ramener du calme et de rétablir un dialogue entre elle et son corps. Ouvrant le champ à l’émotion.

Tout n’est question que de calme et d’alignement dans les énergies. Alignements des énergies entre elles, et mise en résonnance, à un niveau plus grand que nous. Par moments, quand je lis ou regarde des vidéos sur ce massage, je ne sais même plus s’il me faut qualifier ce que je pratique de tantrique. Tellement le massage tantrique englobe tout et n’importe quoi dans la bouche de tel ou telle.

Lâcher prise

Mathilde vient me voir parce que son corps a été massacré par le corps médical. Elle ne vient chercher que de l’attention et un moyen de déconnecter ce fil de souffrance. Qui constitue son unique vecteur de dialogue avec son corps. Et dans le massage, s’invite du plaisir à changer de paradigme, dans la confiance et l’abandon du lâcher prise. Je me dis que j’ai été exactement, pour elle, au bon endroit et au bon moment. Dans l’accueil de qui elle est, simplement, à cet instant.

Si Lorna vient me voir parce qu’elle questionne encore et toujours son rapport aux hommes, c’est parce qu’elle se sait avant tout en sécurité, pour entrouvrir un peu plus à chaque fois au forceps cette porte si fermée de l’accès à son propre corps. Sa connexion à elle-même passe beaucoup par des vidéos X où les femmes n’ont pas le beau rôle. Paradigme qu’elle a besoin de changer. Je sais que ce travail fait avec moi doit être complété par d’autres approches. Mais elle a besoin de cette écoute, de se sentir écoutée, en confiance, sans projection. Et quand elle se fait masser, elle se met à l’écoute de son propre corps, sans les traditionnelles injonctions dont elle l’abreuve pour rentrer en contact avec lui.

Grèves sensuelles

Nathalie ne souhaite qu’un moment avec elle-même dans ce massage qu’elle s’offre aujourd’hui. Moment de pause, ou elle peut débrancher son mental et le mettre au repos. Rien de spécifique dans ce massage, autre qu’une danse calme. Comme de derviche où le corps finit par oublier sa réalité pour ne connecter que ses ressentis. Pendant ce massage, elle va onduler doucement, bouger. Trouvant une position plus à même, à un instant donné, de résonner avec son corps. Elle va venir se fondre dans mes bras, instant suspendu où le temps s’arrête. Où tout s’arrête parce que le mouvement n’a plus lieu d’être. A peine une respiration pour inscrire ce moment dans une forme d’éternité. Massage de visage pour terminer qui l’envoie au pays des songes. Comme se posant sur une grève après avoir été longtemps bercée par les vagues.

Le massage de Daniel sera différent. Très sensuel parce que son énergie est là, attentive et curieuse de ce qu’elle peut connecter. La danse est ici plus enlevée, comme de grand fond ou les baleines retournent le temps d’un coup de nageoire. La temporalité de l’eau n’est jamais loin. Vagues roulant l’une sur l’autre dans un massage qui pourrait ne jamais s’arrêter. Et ces vagues l’envoient dans un décor qui se construit dans l’instant. Il est danseur de sa propre vie, de celle qu’il n’ose exprimer ailleurs. Parce que sa femme, parce que ses enfants, parce que sa vie sociale, son conditionnement. Ici, il largue les amarres et danse sur la crête des vagues. Et le voyant jaillir parfois dans des gerbes d’eau, solaire dans la diffraction de la lumière, je me dis en le voyant que cet instant est précieux pour lui.

Ecriture et intériorité

J’aimerais un jour écrire un livre sur le massage. Simplement pour dire de le chercher ailleurs que dans les représentations usuellement sexuelles que l’on en fait trop souvent. Aller au-delà des projections, des on-dit qui racontent tout et n’importe quoi, laissant souvent qui en aurait besoin dubitatif. Le massage est avant tout ce qu’on en fait. Et avant tout, il est espace de labo où expérimenter, non ce qui est transgressif, hors norme, mais ce qui est au contraire terriblement calme. Lové au centre de soi. On vit le massage non en important ce qui est à l’extérieur de soi. Mais en s’écoutant, en faisant remonter à la surface l’écume de ce qui brasse, tout au fond.

Au fond de soi, comme une algue qui ondule au gré des courants, se met en mouvement qui l’on est. Mouvement que l’on remonte rarement intact. Parce que la surface apporte d’autre contraintes. Que l’exposition génère d’autres affects. Et que ce que l’on traduit de ce mouvement n’est qu’une expression travaillée de cette impulsion de fond intacte.

Je ne vous invite qu’à ça : retrouver ce mouvement fluide du fond de votre mer nourricière, là où rien n’agit d’autre que ce qui est bon pour vous.

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