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Redescendre dans le corps

Il y a tant d’oiseaux qui chantent

Tata Yoyo, chantait il n’y avait pas si longtemps Mecavolic. Reprenant un vieux tube d’Annie Cordy. Et cette phrase dans la chanson : « … dans ma tête, y a des tas d’oiseaux ».

Ça chante, ça se disperse, ça peut même être une vraie symphonie. Et ce qui me frappe ces derniers jours est cette capacité que l’on a de remonter en haut des marches. Pour se plonger dans l’écoute de cette musique avec ravissement. Comme un exutoire, une pause, comme si, quelques instants, on remontait là-haut, dans cette tour de contrôle sonorisée de notre personne. Tour un peu détachée des choses, abritant ces étages rassurants de la pensée, et contacter la partie froide, analytique, de qui nous sommes. Simplement rationnelle. Là où on réfléchit avec la tête et non le corps. Là où finalement tout est parfois assez simple parce qu’on peut décortiquer, mettre en relation, comprendre, trier. Jouer des coudes dans un système de pensées qui parfois, souvent, sert de palliatif à ce monde du corps. Celui-là même des émotions, des ressentis.

Mouvement perpétuel de yoyo, à monter, parfois à redescendre, pour trouver l’eau trop froide, les braises trop chaudes, et remonter.

Notre corps à l’instar d’un chalutier tractant un filet immense, remontant à la surface tant et tant d’affects qu’on ne sait comment aborder, de sentiments qui encombrent. De courants relationnels à soi-même et aux autres, qui s’entassent, parfois sifflant, dans nos cales.

Là-haut

Et là-haut, c’est tellement plus aéré, on voit loin et on peut se perdre aussi, dans un tourbillon qui ne laisse jamais en paix, qui nous fait recomposer le monde, notre monde, qui le séquence. On peut ranger, étiqueter, trier, se reposer à écouter ces oiseaux chanter comme dans une parade un peu folle. Occupant l’espace et le temps. Un bon livre, un exercice mental et le tour est joué de la jouissance intellectuelle, encore une fois si reposante par rapport à ce qui émane du corps.

Etonnant, cette capacité à échapper. A s’échapper de soi, pour commencer. Ne pas savoir comment aborder les émotions, le regard sur soi. Ne pas écouter ses ressentis, de pas savoir qu’en faire. Ne pas comprendre que telle émotion est d’abord précieuse plutôt que perturbante. Parce qu’elle informe, qu’elle nourrit, qu’elle témoigne de la réalité de ce fil de liaison entre soi et soi.

On ne sait parfois quoi en faire, on se fait déborder. On met alors un petit barrage en place. Qui contient, qui stocke, qui engramme et on repart sur le chemin un peu alourdi. Jusqu’à ce qu’un jour, on soit comme ces rivières maintes et maintes fois coupées de barrages successifs, qui ne laissent plus à la fin que passer un filet d’eau. Ce même filet auquel viennent boire les oiseaux. Ça tombe bien, on est trop lourd pour aller plus loin de toute façon, et la seule joie qui nous reste est cette musique qui hante et résonne dans notre cerveau.

Mémoires

C’est peut-être à ce moment qu’il faut questionner cette masse de mémoires liquides soigneusement contenues derrière autant de merlons, de murs, de barrages en soi. Réfléchir à quel système on pourrait mettre en place, on pourrait bricoler, pour créer comme une fontaine d’écoulement dans un petit jardin japonais. Fontaine de bambou qui, goutte à goutte, dans un quasi silence d’oiseaux, permettrait aux mémoires, aux pensées engrammées, aux questionnements qui tournent en boucle non là-haut, mais dans les émotions du corps, de tout doucement s’écouler.

On en est perpétuellement là, dans un jeu de yoyo, à chercher un équilibre entre ciel et terre. Entre pensées et ressentis. Entre intelligence froide et intelligence émotionnelle. Le corps est notre grand mystère. Notre grande inconnue sur cette terre. Il est ce qu’on ne peut paramétrer, ce qu’on ne peut finalement pas voir. Toujours de par ce regard distancié sur soi, qui repasse là-haut avant de redescendre.  On cherche perpétuellement le by-pass, la prise pour mettre les doigts dedans afin d’établir un contact énergétique direct. Pas un contact dans la violence du voltage, mais un contact dans la douceur, qui permet l’écoute, qui autorise le ressenti, qui donne accès à ce que l’on est. Qui permet de comprendre comment notre corps, au-delà du filtre de l’intellect, ressent les choses, part à sa rencontre, goûte ses ressentis, jouit de la vie. Sait qui il est.

Ecouter

Il faut peut-être écouter ces oiseaux qui tournent là-haut, non dans leur dimension d’interlude, mais un peu comme la flute traversière de Prokofiev qui avertit de la présence du loup. Le loup n’étant en l’espèce pas dangereux, mais représentant ce qu’on ne connait pas. Et la flute n’avertissant pas, mais attirant notre attention sur notre méconnaissance. Comme si tous nos barrages avaient été équipés de clochettes pour attirer notre attention sur la nécessité de transformer cette méconnaissance en reconnaissance. Les oiseaux comme flutes en forme de clochettes. Et nous en terrains d’expérimentation ouverts, les doigts dans la prise pour être au contact de ce corps si mystérieux dans son approche.

On en est perpétuellement là, à se demander via l’intellect, qui nous sommes. On peut passer par la case du divin, du prétendu caractère divin de l’homme, de la femme divine, divinisée, pour mieux prétendre se placer sur l’échiquier de la vie. Mais c’est pour mieux accrocher aux cimaises notre image projetée plutôt que notre corps ressenti, avec son cortège de sensations, son intelligence propre qui nous indique tant de fois le chemin à prendre quand nous partons à l’exact opposé. Ou dans une direction aléatoire soufflé par une intuition défaillante. Ou pire, quand nous restons sur place à nous nourrir de nos illusions, parce que coupés du corps.

Ecoutons, non les oiseaux qui tonitruent dans notre tête les jours de grand vent, mais bien cette petite musique de nuit, de jour, de tous les jours qui nous souffle tout bas, au creux du ventre, comme un souffleur de théâtre, la partition de notre vie quand la mémoire ou l’intuition nous fait défaut. Cette partition de l’émotion, qui veille tout au fond, comme une luciole si précieuse, et d’autant plus opiniâtre que nous ne l’écoutons pas.

Ecouter, encore.

Prenons ce temps de nous poser, d’écouter. D’écouter les vagues qui lèchent le bas de la falaise, le vent à la cime des arbres, les galets qui roulent au fond des rivières, le bruit de l’écume formée par le brassage de l’eau quand elle s’engouffre entre deux rochers. Prenons le temps de ressentir les mouvements qui prennent source tout au fond de nous pour nous indiquer le rythme, l’instrumentation, les pas de cette danse de la vie dans laquelle nous refusons tant de nous inscrire. Par peur, méconnaissance, parce que tant de choses nous semblent plus importantes.  Parce que l’urgence du moment est ailleurs. Et qu’à force d’enquiller les urgences, celles-ci finissent par former un gros bloc de pierres sur notre route que nous ne savons comment passer.

Nous sommes passés maitres dans la construction de ces murs, talus, dans le tissage de ces voiles pour masquer ce que nous sommes à la vue, éteindre le paysage, insonoriser ce qui nous entoure, nous couper du monde, de notre monde, de soi et de l’autre. Mais la musique continue à sourdre au fond de nous. Goutte à goutte de la fontaine de bambou, qui s’écoulant, déclenche un petit cliquetis qui nous alerte encore et toujours sur la nécessité d’écouter. De nous écouter. Message en braille sonore, en morse, qui habite l’espace quand celui-ci est saturé, pour nous appeler autrement.

Dans l’invitation du corps

Espace à désaturer, non dans le brouhaha de l’intellect et du mouvement, mais dans l’invitation du corps. Quand nous déposons les armes, que nous ouvrons les portes, que le souffle de la vie rentre et visite nos moindres recoins, quand la couleur s’invite et que tout à coup, on se retrouve surpris de soi, surpris de la vie qui pulse, du souffle qui tout à coup devient ample. Les yeux qui s’ouvrent et balayent l’espace. Les mains et les bras qui se déploient dans un geste d’accueil.  Le corps n’est pas une forteresse à soi imprenable, il n’est pas ce simple véhicule qui nous fait nous mouvoir sur Terre, il n’est pas une machine au service de.

Il est lieu de vie, siège de nos émotions, dotés de tous les capteurs et sondes que la vie a pu imaginer pour ressentir, gouter, vivre. Il recèle nombre de volcans qui n’attendent que leur éveil, nombre de rivières qui cherchent encore et toujours leur lit pour s’écouler de la façon la plus vivante qui soit, nombre de pics, gorges et cols où le vent coulis peut venir jouer. Son paysage est d’abord limpide et lumineux et nous l’éteignons par peur, prudence, obscurantisme, incapacité à voir et ressentir. A se laisser aller.

Nous avons tant de barrages à faire sauter pour danser à la cime des montagnes, tant de de murs à abattre pour voir les épis jouer dans le vent, tant de ponts à bâtir pour permettre à notre chemin de franchir ce que l’on n’ose traverser, tant de liens à dénouer.

Prenons encore et encore ce temps avec nous même pour comprendre ce qui se joue au fond de nous, pour savoir où aller, dans l’intelligence colorée du cœur, et non l’intelligence froide des tours de contrôle.

Eternité à vivre

On sait comment monter, on sait moins comment redescendre dans le corps. Alors, accordons-nous quelques instants pour une éternité à vivre.  L’espace du massage est un fabuleux espace d’exploration pour aller vers soi, dans l’écoute simple des grands espaces, la musique des ressentis, pour composer une partition sur laquelle réinscrire sa vie.

Tellement, tellement loin de Tata Yoyo et ses bruyants oiseaux.

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